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Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi   By: (1750-1803)

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APOLOGUES MODERNES,

À L'USAGE

DU DAUPHIN.

APOLOGUES MODERNES,

À L'USAGE

DU DAUPHIN,

PREMIERES LEÇONS

DU FILS AINÉ

D'UN ROI.

Aux femmes & aux rois, Il faut parler par Apologues.

À BRUXELLES.

1788.

APOLOGUES

MODERNES.

PREMIERE LEÇON.

PROMÉTHÉE.

Jusqu'à présent les mythologues ont mal raconté l'histoire allégorique de Prométhée. Voici le fait: Cet ingénieux artiste de l'antiquité ayant pétri de l'argile dans de l'eau, en composa plusieurs figures d'hommes qu'il anima avec le feu élémentaire. Il se complaisoit dans son ouvrage, comme un pere dans ses enfans. Tout alla d'abord assez bien. Mais un jour, en rentrant dans son attelier, quel spectacle s'offre aux yeux de Prométhée. Ces hommes à qui il avoit donné une même existence, & qu'il avoit formé du même limon, se prirent de querelle entr'eux pendant son absence: en sorte qu'ils s'étoient battus & mutilés les uns les autres. Ils avoient fait pis encore. Quelques uns profitant du désordre général, soit par ruse, soit par force ou autrement, s'étoient soumis leurs semblables au point que ceux ci, prosternés à leurs pieds, osoient à peine lever les yeux, & leur obéissoient au premier geste. Que vois je! dit Prométhée en fureur. J'avois cru faire des hommes, & non des esclaves & des maîtres. Maudite engeance! Je vous avois créés tous égaux. Avec le souffle de la vie, je vous avois animé aussi de l'esprit de la liberté! Vous avez donc laissé éteindre ce flambeau. Allez! Je vous renie pour mes enfans. Je vous abandonne à votre mauvaise destinée, & me répens de mon ouvrage.

Prométhée les quitta en effet, & se retira sur le Mont Caucase. Mais son coeur emporta avec lui le trait qui l'avoit déchiré. Le remords d'avoir donné naissance à des esclaves, en créant les hommes, le consuma lentement & lui fit souffrir une douleur pareille à celle que souffriroit un malheureux dont les entrailles renaîtroient, lascérées sous la dent d'un vautour.

LEÇON II.

LE TOCSIN.

En ce tems là; un étranger, en entrant dans la capitale d'un grand Empire, entendit sonner pendant long tems le tocsin. Il interrogea les gens de la ville pour savoir quel malheur étoit arrivé. Y auroit il quelque part un incendie?

Non, lui répondit quelqu'un; mais nous célébrons la naissance d'un prince qui peut être un jour, ajouta t il à voix basse, sera un incendiaire. La même cloche devoit servir à annoncer deux événemens à peu près semblables. Il y a cependant cette différence entr'eux: c'est qu'on a établi des corps de pompes pour éteindre les incendies; mais on n'a pas encore promulgué un corps de loix pour arrêter les incendiaires.

LEÇON III.

L'ÉPREUVE.

En ce tems là; il étoit un roi orgueilleux qui se croyoit pétri d'un autre limon que ceux qui vouloient bien lui obéir. Le sénat, placé entre lui & le peuple pour servir de médiateur, s'assembla, & convint de lui faire une remontrance à ce sujet. La reine étoit enceinte, & prête d'accoucher. Un vieux magistrat se leva du milieu de l'assemblée, & proposa l'expédient suivant, pour corriger le prince. Au moment de la naissance de l'enfant royal, on présentera au pere trois enfans nés à la même heure, & on lui laissera le soin de choisir quel est le sien. On lui dira en même tems que, puisque les rois & leurs successeurs naissent pour le trône, pétris d'un autre limon que le reste de leurs sujets, il n'aura point de peine à distinguer l'enfant royal qui lui appartient. Le roi furieux, mais fort embarrassé, hésita long tems, & choisit enfin pour son fils le fils du concierge du château. Alors le chef du sénat lui dit: Si l'oeil du pere balance, & même se trompe sur le choix de son propre enfant, avouez, prince, que le fils du pâtre naît l'égal du fils du roi; qu'un homme ne peut se dire roi né; qu'il ne sort pas du ventre de sa mere, tout coëffé d'une couronne; que c'est le peuple qui la confie à qui bon lui semble; en un mot, qu'un souverain n'est que primus inter pares ... Continue reading book >>




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