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Baccara   By: (1830-1907)

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BACCARA

HECTOR MALOT

1886

BACCARA

PREMIÈRE PARTIE

I

Ouvrez les livres de géographie les plus complets, étudiez les cartes, même celle de l'état major, et vous y chercherez en vain un petit affluent de la Seine, qui cependant a été pour la ville qu'il traverse ce que le Furens a été pour Saint Etienne et l'eau de Robec pour Rouen. Cette rivière est le Puchot. Il est vrai que de sa source à son embouchure elle n'a que quelques centaines de mètres, mais si peu long que soit son cours, si peu considérable que soit le débit de ses eaux, ils n'en ont pas moins fait la fortune industrielle d'Elbeuf.

Pendant des centaines d'années, c'est sur ses rives que se sont entassées les diverses industries de la fabrication du drap qui exigent l'emploi de l'eau, le lavage des laines en suint, celui des laines teintes, le dégraissage en pièces, et il a fallu l'invention de la vapeur et des puits artésiens pour que les nouvelles manufactures l'abandonnent; encore n'est il pas rare d'entendre dire par les Puchotiers que la petite rivière n'a pas été remplacée, et que si Elbeuf n'est plus ce qu'il a été si longtemps, c'est parce qu'on a renoncé à se servir des eaux froides et limpides du Puchot, douées de toutes sortes de vertus spéciales qui lui appartenaient en propre. Mauvaises, les eaux des puits artésiens et de la Seine, aussi mauvaises que le sont les drogues chimiques qui ont remplacé dans la teinture le noir qu'on obtenait avec le brou des noix d'Orival.

Le Puchot a donc été le berceau d'Elbeuf; c'est aux abords de ses rives basses et tortueuses, au pied du mont Duve d'où il sort, à quelques pas du château des ducs, rue Saint Etienne, rue Saint Auct qui descend de la forêt de la Londe, rue Meleuse, rue Royale, que peu à peu se sont groupés les fabricants de drap; et c'est encore dans ce quartier aux maisons sombres, aux cours profondes, aux ruelles étroites où les ruisseaux charrient des eaux rouges, bleues, jaunes quelquefois épaisses comme une bouillie laiteuse quand elles sont chargées de terre à foulon, que se trouvent les vieilles fabriques qui ont vécu jusqu'à nos jours.

Une d'elles que le Bottin désigne ainsi: «Adeline (Constant), O. , médailles A. 1827 et 1834, O. 1839, 1844, 1849, 1re classe Exposition universelle de 1855, hors concours 1867, médaille de progrès Vienne, nouveautés pour pantalons, jaquettes et paletots », occupe, impasse du Glayeul, une de ces cours étroites et noires; et c'est probablement la plus ancienne d'Elbeuf, car elle remonte authentiquement à la révocation de l'Édit de Nantes, quand les grands fabricants qui avaient alors accaparé l'industrie du drap en introduisant les façons de Hollande et d'Angleterre, forcés comme protestants de quitter la France, laissèrent la place libre à leurs ouvriers. Un de ces ouvriers se nommait Adeline; il était intelligent, laborieux, entreprenant, doué de cet esprit d'initiative et de prudence avisée qui est le propre du caractère normand: mais, lié par l'engagement que ses maîtres lui avaient imposé, comme à tous ses camarades, d'ailleurs, de ne jamais s'établir maître à son tour, il serait resté ouvrier toute sa vie. Libéré par le départ de ses patrons, il avait commencé à fabriquer pour son compte des draps façon de Hollande et d'Angleterre, et il était devenu ainsi le fondateur de la maison actuelle; ses fils lui avaient succédé; un autre Adeline était venu après ceux là; un quatrième après le troisième, et ainsi jusqu'à Constant Adeline, que le nom estimé de ses pères, au moins autant que le mérite personnel, avaient fait successivement conseiller général, président du tribunal de commerce, chevalier puis officier de la Légion d'honneur, et enfin député.

C'était petitement que le premier Adeline avait commencé, en ouvrier qui n'a rien et qui ne sait pas s'il réussira, et il avait fallu des succès répétés pendant des séries d'années pour que ses successeurs eussent la pensée d'agrandir l'établissement primitif; peu à peu cependant ils avaient pris la place de leurs voisins moins heureux qu'eux, rebâtissant en briques leurs bicoques de bois, montant étages sur étages, mais sans vouloir abandonner l'impasse du Glayeul, si à l'étroit qu'ils y fussent... Continue reading book >>




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