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L'argent des autres I. Les hommes de paille   By: (1832-1873)

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Credits: Tonya Allen, Renald Levesque and PG Distributed Proofreaders. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.

[Note du transcripteur: Ce texte utilise l'orthographe du XIXe siècle: siège = siége, complètement = complétement, etc.]

L'ARGENT DES AUTRES

PAR ÉMILE GABORIAU

I LES HOMMES DE PAILLE

I

Vainement on chercherait dans Paris une rue plus paisible que la rue Saint Gilles, au Marais, à deux pas de la place Royale.

Là, pas de voitures, jamais de foule. A peine le silence y est rompu par les sonneries réglementaires de la caserne des Minimes, par les cloches de l'église Saint Louis ou par les clameurs joyeuses des élèves de l'institution Massin à l'heure des récréations.

Le soir, bien avant dix heures, et quand le boulevard Beaumarchais est encore plein de vie, de mouvement et de bruit, tout se ferme. Une à une s'éteignent les grandes fenêtres à tout petits carreaux. Et si, passé minuit, quelque bourgeois regagne son logis, il hâte le pas, inquiet de la solitude et préoccupé des reproches de son concierge qui lui demandera d'où il peut bien revenir si tard.

En une telle rue, tout le monde se connaît, les maisons n'ont pas de mystère, les familles pas de secrets.

C'est la petite ville, où l'oisiveté curieuse a toujours un coin de son rideau sournoisement relevé, où les cancans poussent aussi dru que l'herbe entre les pavés.

Aussi, le 27 avril 1872, un samedi, dans l'après midi, remarqua t on rue Saint Gilles, un fait qui partout ailleurs eût passé inaperçu.

Un homme d'une trentaine d'années, portant la livrée de travail des serviteurs de bonne maison, le long gilet rayé et le tablier à pièce, s'en allait de porte en porte...

Qui donc cherche ce domestique? se demandaient les rentières désoeuvrées, tout en suivant ses évolutions.

Il ne cherchait personne. Aux gens qu'il abordait, il racontait qu'il était envoyé par une cousine à lui, excellente cuisinière, laquelle, avant d'entrer en place chez des bourgeois du quartier, tenait comme de juste à prendre ses renseignements. Et cela dit:

Connaissez vous, interrogeait il, M. Vincent Favoral?

Concierges et boutiquiers ne connaissaient que lui, car il y avait plus d'un quart de siècle qu'au lendemain de son mariage, M. Vincent Favoral était venu s'installer rue Saint Gilles, et ses deux enfants y étaient nés: son fils, M. Maxence, et sa fille, Mlle Gilberte.

Il occupait le second étage de la maison qui porte le numéro 38, une de ces bonnes vieilles maisons comme on n'en bâtit plus, depuis que les terrains se vendent quinze cents francs le mètre, où l'espace n'est pas sordidement mesuré, où les escaliers à rampe de fer forgé sont larges et faciles, où les pièces sont spacieuses, et les plafonds hauts de douze pieds.

Certes, nous connaissons M. Favoral, répondaient les gens que questionnait le domestique, et si jamais honnête homme a existé, c'est certainement lui. En voilà un auquel on aurait du plaisir à confier ses fonds, si on en avait. Ce n'est pas lui qui jamais filera en Belgique en emportant sa caisse.

Et ils expliquaient que M. Favoral était caissier principal et même probablement un des gros actionnaires du Comptoir de crédit mutuel , une de ces admirables institutions financières qui ont surgi avec le second Empire et qui gagnaient à la Bourse leur premier banco le jour où se jouait dans la rue la partie du coup d'État.

Oh! je sais la profession du bourgeois, disait le domestique. Mais quel espèce d'homme est ce? Voilà ce que ma cousine voudrait savoir.

Le marchand de vins du 43, le plus ancien boutiquier de la rue, était mieux que personne à même de répondre. Deux petits verres civilement offerts lui délièrent la langue, et tout en trinquant:

M. Vincent Favoral, commença t il, est un homme de cinquante deux ou trois ans, mais qui paraît plus jeune, car il n'a pas un poil blanc... Continue reading book >>




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