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La Force Le Temps et la Vie   By: (1862-1920)

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First Page:

LA FORCE

PAR

PAUL ADAM

PARIS

LIBRAIRIE PAUL OLLENDORFF

1899

Par les routes, les sentes, les pistes, l'armée du Directoire continuait sa marche à travers la forêt hérissant le pays de Bade. Soixante mille Autrichiens poussaient à la rive rhénane les divisions de Jourdan; une brigade de cavalerie protégeait, à l'extrême gauche, la retraite. Avec dix houzards, le maréchal des logis Héricourt formait le dernier échelon d'arrière garde. Ils sortirent, à leur tour, d'un vallon, gravirent le terrain, ne quittèrent pas la crête, selon les ordres.

Les uniformes du régiment achevèrent de s'effacer derrière les colonnades de sapins. Une cuivrure de selle, un fourreau de sabre, luisèrent encore, peu d'instants. Des croupes pommelées de chevaux se dandinèrent, qui supportaient les silhouettes lasses des soldats aux dolmans amarante. Après, seule demeura l'ombre vaporeuse d'une vedette immobilisée à la fourche des chemins.

Les dix houzards s'étant arrêtés au signe, Héricourt appuya la bride sur l'encolure du cheval qui tourna dans une flaque, et les cavaliers firent face à la venue probable de l'ennemi. L'air même parut dangereux. Devant, s'obscurcissait la profondeur du vallon qu'ils venaient de parcourir. Des bois aussi bordaient l'autre pente, où, près d'une cabane, quatre bûcherons cessèrent d'équarrir un orme.

D'abord il ne passa que des vols d'hirondelles parmi la finesse grise de la pluie. En s'éclairant davantage, le ciel laiteux révéla, fort loin sur la gauche, quelques plumets rouges aux bicornes de fantassins: une compagnie semée dans les houblonnières guettait aussi. Bernard compta les havresacs velus sur les échines des soldats accroupis dans les fossés. La présence de cette force le réconforta. Avec moins de prudence il mena sa bête hors des arbres, se redressa sur les étriers.

De nouveau il eut faim.

Depuis la veille, c'était la sensation maîtresse, un détestable goût de sur à la lèvre sèche. Le souvenir de certaine lourde tarte servie naguère aux noces de sa jeune soeur flatta d'une saveur illusoire le palais; et la langue chercha la succulence croustillante de quelque bribe incrustée, par hasard, entre les dents. Il ne délogea que le débris acide d'une feuille mâchée. Sa mémoire consolatrice évoqua l'engloutissement du liquide versé dans sa gorge, d'une viande chaude avalée, de mies spongieuses mastiquées. Vide était la gourde. Les cantines ayant suivi les chemins larges, au nord, derrière l'artillerie, personne de la brigade ne mangerait avant midi, le lendemain, lorsque les fourgons s'ouvriraient à l'abri sur le versant occidental de la Forêt Noire.

Héricourt haït sa misère. Ignoblement la boue recouvrait ses bottes à coeur, ses culottes collantes, les jambes et le ventre du cheval, les emblèmes en cuivre de la sabretache. Huit boutons manquaient à son dolman; un morceau pendait le long de la manche, jusqu'aux galons du grade, et mettait à nu la doublure. Ses mains noircies par le cirage des brides lui répugnaient autant que les effluves de sueur et de cuir. Le cheval fumait aux flancs. Le poil puait. Bernard envia ses frères, les marins, qui, de Dunkerque, menaient leur trois mâts aux côtes barbaresques. Sur quelles mers de soleil, à cette heure, respiraient ils la brise gonflant les voiles qui inclinent le navire contre la pente infinie des eaux?

Or, il aperçut une miche aux mains d'un bûcheron qui en coupait des tranches pour ses camarades; et il frissonna de convoitise. Sa bouche huma l'air comme si le goût du pain rassis lui pouvait parvenir au dessus du vallon; sa main pesa sur les rênes, comme si la bête allait bondir, docile à l'instinct secret de l'homme, vers la proie. Rustres en bas bleus, les bûcherons mangèrent. Héricourt chercha de la salive et regarda les houzards, leurs mufles barrés de moustaches roussies ou leurs profils de vautours que les tresses des cadenettes dépoudrées unissaient aux schakos. Leurs narines poilues flairaient l'air aussi... Continue reading book >>




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