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Le loup blanc   By: (1817-1887)

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Paul Féval (père)

LE LOUP BLANC

(1843)

Table des matières

I La chanson II Le coffret de fer III Le dépôt IV La Fosse aux Loups V Le creux d'un chêne VI Le voyage VII La forêt de Villers Cotterets VIII Tutelle IX L'étang de La Tremlays X La veillée XI Fleur des Genêts XII Dans la forêt XIII Le capitaine Didier XIV Où le Loup Blanc montre le bout de son museau XV Portraits XVI Le conseil privé de M. de Vaunoy XVII Visite matinale XVIII Rêves XIX Sous la charmille XX Avant et après le déjeuner XXI Mademoiselle de Vaunoy XXII Deux bons serviteurs XXIII Voyage de Jude Leker XXIV La loge XXV Huit hommes et un collecteur XXVI Un accès de haut mal XXVII La première béchamelle XXVIII Chez les Loups XXIX Avant la lutte XXX Quatre contre un XXXI Alix et Marie XXXII La chambrette XXXIII Le tribunal des Loups XXXIV Jean Blanc

I La chanson

Il n'y a pas encore bien longtemps, le voyageur qui allait de Paris à Brest, de la capitale du royaume à la première de nos cités maritimes, s'endormait et s'éveillait deux fois, bercé par les cahots de la diligence, avant d'apercevoir les maigres moissons, les pommiers trapus et les chênes ébranlés de la pauvre Bretagne. Il s'éveillait la première fois dans les fertiles plaines du Perche, tout près de la Beauce, ce paradis des négociants en farine: il se rendormait poursuivi par l'aigrelet parfum du cidre de l'Orne et par le patois nasillard des naturels de la Basse Normandie. Le lendemain matin, le paysage avait changé; c'était Vitré, la gothique momie, qui penche ses maisons noires et les ruines chevelues de son château sur la pente raide de sa colline; c'était l'échiquier de prairies plantées çà et là de saules et d'oseraies où la Vilaine plie et replie en mille détours son étroit ruban d'azur. Le ciel, bleu la veille, était devenu gris; l'horizon avait perdu son ampleur, l'air avait pris une saveur humide. Au loin, sur la droite, derrière une série de monticules arides et couverts de genêts, on apercevait une ligne noire. C'était la forêt de Rennes.

La forêt de Rennes est bien déchue de sa gloire antique. Les exploitations industrielles ont fait, depuis ce temps, un terrible massacre de ses beaux arbres.

MM. de Rohan, de Montbourcher, de Châteaubriant y couraient le cerf autrefois, en compagnie des seigneurs de Laval, invités tout exprès, et de M. l'intendant royal, dont on se serait passé volontiers. Maintenant, c'est à peine si les commis rougeauds des maîtres de forges y peuvent tuer à l'affût, de temps à autre, quelque chétif lapereau ou un chevreuil étique que le spleen porte à braver cet indigne trépas.

On n'entend plus, sous le couvert, les éclatantes fanfares; le sabot des nobles chevaux ne frappe plus le gazon des allées; tout se tait, hormis les marteaux et la toux cyclopéenne de la pompe à feu.

Certains se frottent les mains à l'aspect de ce résultat. Ils disent que les châteaux ne servaient à rien et que les usines font des clous. Nous avons peut être, à ce sujet, une opinion arrêtée, mais nous la réserverons pour une occasion meilleure.

Quoi qu'il en soit, au lieu de quelques kilomètres carrés, grevés de coupes accablantes, et dont les trois quarts sont à l'état de taillis, la forêt de Rennes avait, il y a cent cinquante ans, onze bonnes lieues de tour, et des tenues de futaie si haut lancées, si vastes et si bien fourrées de plantes à la racine, que les gardes eux mêmes y perdaient leur chemin.

En fait d'usines, on n'y trouvait que des saboteries dans les «fouteaux»; et aussi, dans les châtaigneraies, quelques huttes où l'on faisait des cercles pour les tonneaux. Au centre des clairières, dix à douze loges groupées et comme entassées servaient de demeures aux charbonniers. Il y en avait un nombre fort considérable, et, en somme, la population de la forêt passait pour n'être point au dessous de quatre à cinq mille habitants... Continue reading book >>




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