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Margot la Ravaudeuse   By: (1706-1760)

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First Page:

MARGOT LA RAVAUDEUSE,

PAR MR. DE M.

A HAMBOURG.

M. D. C. C. C.

Voici enfin cette Margot la Ravaudeuse , dont le Général de la Pousse,[1] sollicité par le Corps des Catins & de leurs infames Supôts, voulut faire un crime d'Etat à son Auteur. Comme on ne l'accusoit pas moins que d'avoir attaqué dans cet Ouvrage, la Religion, le Gouvernement & le Souverain, il s'est déterminé à le mettre au jour, craignant que son silence ne déposât contre lui, & qu'on ne le crût réellement coupable. Le Public jugera qui a tort ou raison.

[1] Le Lieutenant de Police.

MARGOT LA RAVAUDEUSE.

Ce n'est point par vanité, encore moins par modestie, que j'expose au grand jour les rôles divers que j'ai joués pendant ma jeunesse. Mon principal but est de mortifier, s'il se peut, l'amour propre de celles qui ont fait leur petite fortune par des voies semblables aux miennes, & de donner au Public un témoignage éclatant de ma reconnoissance, en avouant que je tiens tout ce que je posséde de ses bienfaits & de sa générosité.

Je suis née dans la rue saint Paul, & c'est à l'union clandestine d'un honnête Soldat aux Gardes & d'une Ravaudeuse que je suis redevable de mon existence. Ma mere, naturellement fainéante, m'instruisit de bonne heure dans l'art de ressertir & rapetasser proprement des chausses, afin de se débarrasser le plutôt qu'il lui seroit possible du soin de la profession sur moi. J'avois atteint ma treiziéme année, lorsqu'elle crut pouvoir me céder son tonneau[2] & ses pratiques, aux conditions pourtant de lui rendre chaque jour un compte exact de mon gain. Je répondis si parfaitement à ses espérances, qu'en moins de rien je devins la perle des ravaudeuses du quartier. Je ne bornois pas mes talens à la seule chaussure, je savois aussi très bien raccommoder les vieilles culottes & y remettre des fonds; mais ce qui ajoutoit à mon habileté, & me rendoit le plus recommandable, c'étoit une phisionomie charmante dont la nature m'avoit gratifiée. Il n'y avoit personne des environs qui ne voulût être ravaudé de ma façon. Mon tonneau étoit le rendez vous de tous les laquais de la rue St. Antoine. Ce fut en si bonne compagnie que je pris les premiéres teintures de la belle éducation & du savoir vivre, que j'ai beaucoup perfectionnés depuis, dans les différens états où je me suis trouvée. Ma Parentéle m'avoit transmis par le sang & par ses bons exemples un si grand panchant pour les plaisirs libidineux, que je mourois d'envie de marcher sur ses traces, & d'expérimenter les douceurs de la copulation. Mr. Tranche montagne (c'étoit mon pere), ma mere & moi nous occupions au quatriéme étage, une seule chambre meublée de deux chaises de paille, de quelques plats de terre à moitié rompus, d'une vieille armoire, & d'un grand vilain grabat sans rideaux & sans impérial, où nous reposions tous trois.

[2] La plupart des raccommodeuses de bas à Paris, sont dans des tonneaux.

A mesure que je grandissois, je dormois d'un sommeil plus interrompu, & devenois plus attentive aux actions de mes compagnons de couche. Quelquefois ils se trémoussoient d'une maniére si vigoureuse, que l'élasticité du chalit me forçoit à suivre tous leurs mouvemens. Alors ils poussoient de gros soupirs en articulant à voix basse les mots les plus tendres que la passion leur suggérât. Cela me mettoit dans une agitation insupportable. Un feu dévorant me consumoit: j'étouffois; j'étois hors de moi même. J'aurois volontiers battu ma mere, tant je lui enviois les délices qu'elle goutoit. Que pouvois je faire en pareille conjoncture, sinon de recourir à la récréation des solitaires? Heureuse encore dans un besoin aussi pressant de n'avoir pas la crampe au bout des doigts. Mais, helas! en comparaison du réel & du solide, la pauvre ressource! & qu'on peut bien l'appeller un jeu d'enfant! Je m'épuisois, je m'énervois en vain; je n'en étois que plus ardente, plus furieuse. Je pâmois de rage, d'amour & de désirs: j'avois, en un mot, tous les Dieux de Lampsaque dans le corps... Continue reading book >>




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