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Poèmes Les bords de la route. Les Flamandes. Les Moines   By: (1855-1916)

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First Page:

POÈMES

Par

ÉMILE VERHAEREN

LES BORDS DE LA ROUTE. LES FLAMANDES LES MOINES

AUGMENTÉS DE PLUSIEURS POÈMES

Deuxième édition

PARIS

SOCIÉTÉ DU MERCURE DE FRANCE

M DCCC XCV

LES BORDS DE LA ROUTE

1882 1894

A PAUL SIGNAC

DÉCORS TRISTES

LE GEL

Sous le fuligineux étain d'un ciel d'hiver, Le froid gerce le sol des plaines assoupies, La neige adhère aux flancs râpés d'un talus vert Et par le vide entier grincent des vols de pies.

Avec leurs fins rameaux en serres de harpies, De noirs taillis méchants s'acharnent à griffer, Un tas de feuilles d'or pourrissent en charpies; On s'imagine entendre au loin casser du fer.

C'est l'infini du gel cruel, il incarcère Notre âme en un étau géant qui se resserre, Tandis qu'avec un dur et sec et faux accord

Une cloche de bourg voisin dit sa complainte, Martèle obstinément l'âpre silence et tinte Que, dans le soir, là bas, on met en terre un mort.

LES BRUMES

Brumes mornes d'hiver, mélancoliquement Et douloureusement, roulez sur mes pensées Et sur mon coeur vos longs linceuls d'entendement Et de rameaux défunts et de feuilles froissées Et livides, tandis qu'au loin, vers l'horizon, Sous l'ouatement mouillé de la plaine dormante, Parmi les échos sourds et souffreteux, le son D'un angélus lassé se perd et se lamente Encore et va mourir dans le vide du soir, Si seul, si pauvre et si craintif, qu'une corneille, Blottie entre les gros arceaux d'un vieux voussoir, A l'entendre gémir et sangloter, s'éveille Et doucement répond et se plaint à son tour A travers le silence entier que l'heure apporte, Et tout à coup se tait, croyant que dans la tour L'agonie est éteinte et que la cloche est morte.

SUR LA COTE

Un vent rude soufflait par les azurs cendrés, Quand du côté de l'aube, ouverte à l'avalanche, L'horizon s'ébranla dans une charge blanche Et dans un galop fou de nuages cabrés.

Le jour entier, jour clair, jour sans pluie et sans brume, Les crins sautants, les flancs dorés, la croupe en feu, Ils ruèrent leur course à travers l'éther bleu, Dans un envolement d'argent pâle et d'écume.

Et leur élan grandit encor, lorsque le soir, Coupant l'espace entier de son grand geste noir, Les poussa vers la mer, où criaient les rafales.

Et que l'ample soleil de Juin, tombé de haut, Se débattit, sanglant, sous leur farouche assaut, Comme un rouge étalon dans un rut de cavales.

(1884 85)

LES CORNEILLES

Le plumage lustré de satins et de moires, Les corneilles, oiseaux placides et dolents, Parmi les champs d'hiver, que la neige a fait blancs, Apparaissent ainsi que des floraisons noires.

L'une marque les longs rameaux d'un chêne ami; Elle est penchée au bout d'une branche tordue, Et, fleur d'encre, prolonge une plainte entendue Par le tranquille écho d'un village endormi.

Une autre est là, plus loin, pleurarde et solitaire, Sur un tertre maussade et bas comme un tombeau. Et longuement se rêve en ce coin rongé d'eau, Fleur tombale d'un mort qui dormirait sous terre.

Une autre encor, les yeux fixes et vigilants, Hiératiquement, sur un pignon placée, Reste à l'écart et meurt, vieille et paralysée, Plante hiéroglyphique en fleur depuis mille ans.

Le plumage lustré de satins et de moires, Les corneilles, oiseaux placides et dolents, Parmi les champs d'hiver, que la neige a faits blancs, Apparaissent ainsi que des floraisons noires.

VAGUEMENT

Voir une fleur là bas, fragile et nonchalante, En cadence dormir au bout d'un rameau clair, En cadence, le soir, fragile et nonchalante, Dormir; et tout à coup voir luire au clair de l'air, Luire, comme une pierre, un insecte qui danse, Instant de nacre en fuite au long d'un rayon d'or; Et voir à l'horizon un navire qui danse Sur ses ancres et qui s'enfle et tente l'essor, Un navire lointain vers les grèves lointaines, Et les îles et les hâvres et les départs Et les adieux; et puis, à ces choses lointaines, A ces choses du soir confier les hasards:

Craindre si la fleur tombe ou si l'insecte passe Ou s'il part le navire à travers vents, là bas, Vers la tempête et vers l'écume et vers l'espace Danser, parmi la houle énorme, au son des glas... Continue reading book >>




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